Communication-Jeunesse
Vous êtes ici  : Accueil > Répertoires > Créateurs

Elaine Arsenault (auteure)

Photo: Jubaru
Elaine Arsenault est née à Montréal en 1956. Elle a fait son baccalauréat à Concordia et sa maîtrise à McGill en Counselling.

Son premier titre publié fut l’album illustré Le Grand rêve de Passepoil (Dominique et compagnie, 2003) qui a remporté le prix Tatoulu en France en 2005, et il est traduit en plusieurs langues. Depuis, trois autres albums ont suivi : Les Petites bêtises de Passepoil, qui a été finaliste en 2006 du Prix TD de littérature canadienne pour l’enfance et la jeunesse, Le Grand spectacle de Passepoil et La Petite frousse de Passepoil. En 2008, Elaine publie les trois premiers tomes de sa série jeunesse «L'or des gitans», chez Dominique et compagnie. Les trois derniers tomes seront publiés en 2012. Elaine a aussi d'autres projets en route dont un abécédaire sur le Québec, qui sera publié en 2012.

Elaine Arsenault a aussi écrit pour la télévision, dans le cadre de la série «Roll Play». Cette production de Sinking Ship Entertainment a été finaliste pour un prix Gémeau en 2007.

Extrait

Prophétie d'Ophélia (La)
Elaine Arsenault - Ill. : Gabrielle Grimard - Trad. : Caroline LaRue - Dominique et compagnie - Coll. «Grand roman» - Série L'or des gitans. Tome 1 - 2008 - 158 p. - 9,95 $ - ISBN : 978-2-89512-650-8

Elaine Arsenault a choisi :

Par un frais matin de printemps, un événement vint bouleverser à tout jamais l’existence de la jeune gitane et de son cheval. Zingaro broutait tranquillement près d’un bosquet de noisetiers, dans le champ de trèfle où était établi leur campement. Ophélia, enveloppée dans son châle, était assise à côté des braises encore rouges du feu qu’elle avait fait la veille. Elle finissait de boire un thé et regardait distraitement le fond de sa tasse. Soudain, parmi les délicates feuilles humides, quelque chose attira son attention. Elle pencha la tasse pour y laisser entrer la lumière du soleil et y voir plus clair.

— Zingaro! s’exclama-t-elle.

Le cheval leva la tête dans sa direction.

— C’est incroyable! Tu ne devineras jamais ce que me disent les feuilles de thé! L’amour… L’amour viendra bientôt à ma rencontre… 

La gitane examina le fond de sa tasse plus attentivement.

— C’est la première fois que je vois ça dans mes feuilles de thé à moi.

Comme pour marquer son étonnement, Zingaro tendit ses oreilles vers l’arrière. Un doux sourire éclairait le visage d’Ophélia.

— L’amour, Zingaro! Tu imagines…, dit-elle rêveusement.

Le cheval fouetta l’air de sa queue et renâcla. Il tourna le dos à son amie puis se remit à brouter.

— Tu es jaloux? le taquina-t-elle. Allons, ne boude pas. Ce n’est pas gentil.

Zingaro racla le sol avec son sabot. Ophélia n’y prit pas garde et scruta à nouveau le fond de sa tasse. Cette fois, l’inquiétude voila ses yeux.

— Qu’est-ce que cela signifie? murmura-t-elle. Zingaro… je vois… je vois… un grand malheur… dans dix ans exactement.

Elle remua les feuilles avec son doigt, comme pour essayer de changer le cours du destin. Cependant, ce qu’elle vit ensuite l’effraya. Des frissons lui parcoururent l’échine, sa bouche devint sèche et la tasse se mit à trembler dans sa main. Au milieu des feuilles humides, un visage hideux apparut. Cette vision fut si insupportable à Ophélia qu’elle lâcha sa tasse. La porcelaine se fracassa sur une pierre à ses pieds. Zingaro se rapprocha et posa son nez sur l’épaule de sa compagne.

— C’est lui. Il est vivant! s’écria la jeune gitane.

Comme pour conjurer le funeste présage, elle porta ses doigts à son cou, cherchant fébrilement parmi ses amulettes un petit pendentif en forme de poisson. Les feuilles de thé ne mentent jamais. Ophélia le savait bien. Elle caressa pensivement la crinière de Zingaro puis se releva. Il fallait fuir au plus vite. Bien que le choix de partir ou de rester ne changerait probablement rien à leur sort, l’idée de quitter ces lieux rassurait un peu la jeune femme. Elle se pencha et ramassa les morceaux de porcelaine éparpillés sur le sol.

— Allez, Zingaro, on s’en va, dit-elle en jetant les débris dans les cendres. Si nous nous mettons tout de suite en route, nous atteindrons le village le plus proche avant midi. Elle monta dans sa roulotte.

Une brise tiède entrait par les deux fenêtres, aérant l’intérieur sombre. Ophélia poussa la table dans un coin pour éviter qu’elle ne culbute lorsque la roulotte roulerait sur le chemin cahoteux. Elle remonta sa couverture en patchwork sur son lit et y disposa des coussins colorés. Elle empila ensuite ses vêtements et rangea ses livres de potions et ses cartes du ciel dans son énorme malle en bois. Elle venait tout juste de refermer le couvercle lorsqu’un bruit inhabituel la fit sursauter.

Ses fioles de verre s’entrechoquaient sur l’étagère. Ophélia retint son souffle et écouta. Les volets grincèrent et se mirent à battre contre les fenêtres. Soudain, le sol trembla. La secousse était si forte que la roulotte commença à tanguer en tous sens.

Elaine Arsenault commente:

J’ai choisi cet extrait car c’est le début d’une grande aventure avec des personnages qui sont des étrangers au lecteur mais qui conquerront leur cœur. Comme auteure, même si Ophélia, Zingaro et Lily sont nés de mon imaginaire, ils m’ont apprivoisé. Avec le temps je les ai tous compris et je les ai tous aimés.

Le projet était tout nouveau lorsque ma nièce qui avait, à ce moment, environ onze ans, m’a demandé si j’étais triste lorsque je complétais un roman. C’était mon premier roman alors je ne savais pas trop quoi lui répondre. Alors, je lui ai demandé pourquoi qu’elle me demandait cette question. Et elle m’a répondu « parce qu’une fois terminé, tu ne les reverrais plus les personnages». Je ne m’étais jamais posée la question mais la petite avait bien raison.

Depuis j’ai rédigé quelques scènes finales d’un personnage. J’ai l’habitude à lire à haute voix à un ami les passages une fois complétés. Récemment je n’ai pas pu lire le chapitre jusqu'à la fin. Il a fallu qu’il me le lise puisque j’étais en larmes.

J’ai rédigé les brouillons des derniers volumes et quelque fois je me demande comment je vais me sentir une fois que le projet va être terminé. Ophélia, Zingaro, Lily et les autres ont été mes compagnons depuis longtemps.

Je suis nostalgique lorsque je lis ce passage car c’était le début, le début d’une grande aventure dont je suis ravi de pouvoir partager avec vous.